Les CPGE des Lycées d'Excellence au Maroc : Quand le Royaume Forge Ses Futurs Ingénieurs
Un pari audacieux devenu réalité
Il y a une dizaine d'années, quelques décideurs marocains ont eu une idée qui pouvait sembler ambitieuse, voire utopique : créer des établissements scolaires capables de former les meilleurs bacheliers du Royaume et de les propulser vers les plus grandes écoles d'ingénieurs et de commerce du monde. Pas des lycées publics ordinaires. Pas des écoles privées élitistes réservées aux familles aisées. Quelque chose de nouveau, de plus juste et de plus exigeant à la fois.
Ces établissements existent aujourd'hui. On les appelle les Lycées d'Excellence. Ils fonctionnent grâce à des partenariats entre le Ministère de l'Éducation nationale et de grandes fondations marocaines, et leurs résultats aux concours des grandes écoles françaises ont littéralement stupéfié la communauté éducative internationale.
Le Lydex de Benguérir, le pionnier
Tout a commencé à Benguérir. En 2015, la Fondation OCP et le Ministère de l'Éducation nationale signent un accord qui donnera naissance au Lycée Mohammed VI d'Excellence, surnommé affectueusement le Lydex. L'endroit est symbolique : un campus de 18 hectares intégré à la ville verte Mohammed VI, à mi-chemin entre Casablanca et Marrakech, à deux pas de l'Université Mohammed VI Polytechnique.
Le Lydex n'est pas un simple lycée. C'est un écosystème éducatif complet avec internat, laboratoires de pointe, espaces sportifs et culturels. Sa philosophie repose sur trois piliers : l'excellence académique, l'ouverture sociale par un système de bourses, et une vocation nationale qui permet à des élèves brillants de toutes les régions du Maroc d'y accéder, quel que soit leur milieu d'origine.
Les résultats parlent mieux que n'importe quel discours. En 2024, le classement du magazine français L'Étudiant place le Lydex en 8e position mondiale pour la filière MP, devant le mythique Lycée Louis-le-Grand de Paris. Pour l'accès à l'École Polytechnique, il se hisse même à la 4e place mondiale.
Le Lycée d'Excellence Mohammed VI de Casablanca, l'héritier urbain
Dans la continuité du succès de Benguérir, un second établissement du même nom a ouvert ses portes à Casablanca, au cœur de Casablanca Finance City. Né d'un partenariat entre la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé et le Ministère de l'Éducation nationale, ce lycée apporte une dimension supplémentaire au modèle en intégrant des filières économiques et commerciales aux côtés des filières scientifiques. Ses élèves visent aussi bien les grandes écoles d'ingénieurs que les meilleures écoles de management, au Maroc comme en France.
Le Lycée Al Zahrawi de Rabat, la surprise qui n'en est plus une
À Rabat, niché dans le complexe de l'Université Internationale Abulcasis des Sciences de la Santé, le Lycée Al Zahrawi est né d'un accord entre le Ministère de l'Éducation et la Fondation Cheikh Zaid. Il a mis peu de temps à se faire un nom. En 2024, il décroche la 2e place mondiale en filière MP dans le classement de L'Étudiant, juste derrière le Lycée Sainte-Geneviève de Versailles, considéré comme l'une des meilleures prépas au monde. Pour un établissement marocain, c'est une performance qui force le respect.
Le Lymed de Martil, le petit nouveau aux grands résultats
C'est le benjamin du groupe, porté par le Groupe Tanger Med et installé à Martil, près de Tétouan. Sa première promotion n'a intégré l'établissement qu'en 2021. Pourtant, dès ses premières années d'existence, le Lycée Méditerranéen a affiché des résultats qui ont surpris tout le monde. En 2024, il occupe la 9e place mondiale en filière MP, devant Louis-le-Grand. Et en 2023, quatre de ses tout premiers étudiants ont été admis à l'École Polytechnique de Paris dès la première promotion sortante.
Des chiffres qui donnent le vertige
En 2023, 25 étudiants issus des classes préparatoires marocaines ont été admis à l'École Polytechnique de Paris. Parmi eux, 23 venaient d'établissements de Partenariat Public-Privé (PPP) : 17 du Lydex, 4 du Lymed, 2 d'Al Zahrawi. Et en 2026, selon le classement du Figaro, sur les dix meilleures classes préparatoires étrangères pour intégrer Polytechnique, huit sont marocaines. Le Maroc joue désormais dans la cour des meilleurs établissements européens.
Entrer dans un Lycée d'Excellence : comment ça marche ?
L'admission dans ces établissements passe par deux voies bien distinctes. La première, dite Voie 1, est entièrement gratuite : les élèves sélectionnés sur la base de leur dossier académique (excellence) et social bénéficient d'une bourse couvrant la scolarité, l'hébergement et la restauration. La seconde voie, la Voie 2, implique une participation financière dont le montant peut être réduit en fonction de la situation sociale de la famille.
Fait important : le classement pour intégrer un Lycée d'Excellence est indépendant de celui des lycées publics. Un bachelier peut donc se retrouver sur la liste principale d'un lycée public et sur celle d'un Lycée d'Excellence simultanément, et choisir librement entre les deux.
Une pédagogie qui mise sur la confiance et l'entraide
Ce qui différencie vraiment ces établissements, c'est leur approche humaine de l'excellence. On n'y cultive pas la compétition à tout prix. On y encourage la collaboration, la confiance en soi et en les autres. Les élèves apprennent rapidement que progresser ensemble est plus efficace que se battre entre camarades. Les enseignants jouent un rôle de mentors autant que de professeurs.
Conclusion
Les Lycées d'Excellence marocains sont devenus, en moins d'une décennie, une fierté nationale et un modèle éducatif reconnu à l'échelle internationale. Ils prouvent qu'une ambition collective, portée par de bonnes institutions, peut transformer le destin d'une génération entière.